Parmi les outils permettant d'opérer des choix (amendement, mise en place d'un engrais vert, modification du pH, etc.) figure l'analyse qui, à partir d'un échantillon de terre prélevé sur une parcelle, permet de faire un été des lieux chimique de ses sols.
Critères de choix de l’emplacement du prélèvement de sol pour analyse
La parcelle choisie pour effectuer le prélèvement doit être soit représentative de l’îlot et porter ou avoir porté une culture sur laquelle un problème a été constaté qui justifie une analyse. Les analyses peuvent aussi se faire à intervalles réguliers afin, simplement, d'observer l'évolution chimique d'un sol (la texture, elle, ne changera pas) et de prévenir les carences.
Le prélèvement de l'échantillon se fait sur un cercle d'environ 15m de diamètre pour éviter le prélèvement sur un point présentant des caractéristiques trop particulières. En revanche, il est fortement déconseillé de faire des prélèvements à travers toute la longueur d'une parcelle dans le but d'obtenir une moyenne, surtout si la parcelle est très hétérogène au niveau textural ou structural car, alors, on n'obtiendra une image véritablement représentative d'aucun endroit de la parcelle.
Le prélèvement de l'échantillon se fait sur un cercle d'environ 15m de diamètre pour éviter le prélèvement sur un point présentant des caractéristiques trop particulières. En revanche, il est fortement déconseillé de faire des prélèvements à travers toute la longueur d'une parcelle dans le but d'obtenir une moyenne, surtout si la parcelle est très hétérogène au niveau textural ou structural car, alors, on n'obtiendra une image véritablement représentative d'aucun endroit de la parcelle.
La
texture
La texture
d'un sol est la répartition granulométrique de ses constituants. C'est la
proportion entre les petites particules que sont les argiles, les particules de
taille moyenne appelées limons et les particules de grande taille, les sables.
Les textures sont regroupées en classes (sol argileux, limono-sableux, etc.)
qui sont définies en fonction de ces proportions. Pour les définir, on ne prend
en compte que les particules minérales ayant une taille inférieure à 2mm et on
exclut la matière organique et les carbonates.
La texture
apporte des informations utiles à la gestion de l'eau et de la fertilisation.
Par exemple, un sol argileux draine beaucoup moins vite qu'un sol sableux et
retient beaucoup plus les éléments nutritifs. De la texture du sol dépend aussi
sa CEC, puisque les argiles sont les seules fractions minérales du sol à créer,
par leur très petite taille, le phénomène de l’adsorption qui tient à disposition, dans le sol, les nutriments nécessaires aux végétaux.
Tableau
des dénominations des classes granulométriques agronomiques et limites
Dénomination
|
Argiles
|
Limons fins
|
Limons grossiers
|
Sables fins
|
Sables grossiers
|
Taille en µm
|
<2
|
2 à20
|
20 à 50
|
50 à 200
|
200 à 2000
|
(Source: programme d'interprétation LANO/CA de Basse Normandie)
Un sol favorable à la culture, granulométriquement parlant, serait
constitué de 15 à 25 % d'argile, 30 à 35 % de limons, 40 à 50 %
de sables.
La CEC
La capacité
d'échange cationique (CEC) d'un sol est la quantité de cations que celui-ci
peut retenir sur son complexe adsorbant à un pH donné. On peut dire, pour
donner une image, que la CEC est la taille du réservoir. Chaque sol à une CEC
propre qui correspond au nombre de sites négatifs proposés à l'adsorption par
l'argile et l'humus du sol. Plus un sol est riche en argile et en matière
organique (MO), plus il sera capable de fixer des cations. Ces cations peuvent
être des acides faibles ou des acides forts. Il est préférable que ce soit des
acides faibles qui occupent les sites de fixation (par exemple Ca2+, Mg2+, K+,
NH4+) car ce sont ceux qui sont les plus intéressants du point de vue de la
nutrition des plantes. De fait, la CEC exprime le pourcentage de sites occupés
par des acides faibles uniquement. La CEC est aussi fortement liée au rapport
C/N. La CEC peut varier dans le temps mais à condition de modifier le
pourcentage de MO du sol, ce qui est un phénomène très lent.
Dans les sols français, la CEC varie de 1 à 45 mé/100 g. Cette variation est
fonction du pourcentage et de la qualité des argiles mais aussi du pourcentage
de MO. La contribution de l’humus à la CEC est très importante. Il est
important de s’intéresser à la CEC car si elle est trop élevée (sols argileux)
il se créé une compétition entre sol et plantes alors que dans le même temps
les phénomènes de lessivage sont fortement diminués. On se retrouve donc avec un réservoir bien
rempli mais rempli de nutriments indisponibles.
Tableau d’interprétation de la CEC
VALEUR DE LA CEC EN mé/100 g
|
INTERPRETATION
|
CEC<9
|
Petite
CEC
|
9
≤ CEC ≤ 12
|
CEC
moyenne
|
12
< CEC ≤ 15
|
CEC
assez élevée
|
15
< CEC ≤ 25
|
CEC
élevée
|
CEC
> 25
|
CEC
très élevée
|
(Source: programme d'interprétation LANO/CA de Basse
Normandie)
Si la CEC est essentiellement constituée d'ions H+, le
sol a un pH inférieur à 7 et il est donc acide. À l’inverse, quand elle est
saturée de cations (Ca++, Mg++, etc.), le pH peut être élevé (voisin de 8) et
le sol est alors très alcalin. On voit bien la relation entre la teneur en
calcaire d'un sol et son caractère plus ou moins acide ou basique. Mais encore
faut-il que le calcaire du sol libère réellement des cations Ca++ et cela est surtout
lié à la granulométrie du calcaire qui doit être fine pour qu’il y ait
influence rapide sur le pH.
La matière organique et le carbone
organique
Le taux d’humus dans le sol est exprimé en % de
Matière Organique (MO), ce qui
correspond au % de carbone organique multiplié (par convention) par
1.73. L’humus provient des résidus de récolte, des résidus racinaires ou des
apports organiques (fumier, engrais verts). C’est un produit transitoire qui
évolue en permanence. Il est constitué de matières organiques mortes mais aussi
d’organismes vivants (racines, faune et flore). Il est chargé négativement et
est donc constitutif de la CEC. L’humus libère d’importantes quantités d’azote
par minéralisation (20 à 100 kg/ha) et de soufre (50 à 200 kg/ha). C’est donc à
la fois le carburant et « l’habitat » de la vie microbienne du sol (vers de
terre, insectes, champignons, bactéries…). Il améliore la stabilité structurale en limitant la battance des sols limoneux et
en favorisant l’émiettement des sols argileux. Agissant comme une éponge, il
améliore la réserve en eau des sols.
Tableau d’interprétation de la teneur en matière organique
des sols agricoles
Teneur en MO
|
Interprétation
|
|
MO < 1,4%
|
Sol très pauvre en MO
|
|
1,4% ≤ MO <2%
|
Sol pauvre en MO
|
|
2% ≤ MO < 3%
|
Argile < 22%
|
Sol bien pourvu en MO
|
22% < argile < 30%
(ou teneur inconnue)
|
Sol moyennement pourvu en MO
|
|
Argile > 30%
|
Sol pauvre en MO
|
|
3% ≤ MO < 4%
|
Sol bien pourvu en MO
|
|
MO ≥ 4%
|
Teneur élevée en MO
|
|
(Source : Programme d’interprétation LANO/CA de Basse
Normandie)
Le pH
Le niveau de pH (potentiel Hydrogène) d’un sol
détermine ses comportements physiques (stabilité structurale, résistance à la
battance), chimiques (fonctionnement de la CEC, assimilabilité du phosphore,
biodisponibilité des oligoéléments et micro-éléments) et biologiques
(humification et minéralisation de la MO). Les meilleurs sols sont les sols
proches de la neutralité. Le pH permet également d’estimer la quantité d’ions
H+ présents dans le sol et donc le taux de saturation de la CEC.
Tableau du statut acido-basique des
sols agricoles
pH eau
|
< 5,5
|
5,5 - 6,5
|
6,5 - 6,8
|
6,8 - 7,2
|
7,2 - 7,5
|
7,5 - 8,5
|
> 8,5
|
Appréciation
|
Fortement
acide
|
Acide
|
Très
légèrement acide
|
Voisin de la
neutralité
|
Légèrement
alcalin
|
Alcalin
|
Fortement
alcalin
|
(Source : Programme d’interprétation LANO/CA de Basse
Normandie)
Le calcaire total (CaCO3T) et le calcaire actif (CaCO3 actif)
Le calcaire total
est une composante héritée du sol. C’est une caractéristique stable du sol.
Dans un sol contenant plus de 5% de calcaire total, les réserves naturelles de
calcium et leur libération progressive par dissolution (précipitations et
activité chimique et biologique du sol) sont suffisantes pour assurer une
saturation calcique élevée de la CEC et, indirectement, un pH basique stable.
Le calcaire actif est la fraction du calcaire total
susceptible de se dissoudre facilement et rapidement dans la solution du sol.
Elle correspond à peu près à la fraction fine granulométrique (< 2µm). Présent
en trop grande quantité, le calcaire actif peut prendre la place d’autres éléments
chargés positivement (magnésium, potassium) et
peut induire, dans certains sols pauvres en fer libre, un risque de
chlorose ferrique, auquel certaines productions sont sensibles. Le risque de
chlorose ferrique est significatif pour une teneur en calcaire actif supérieure
à 6% et devient très important au-delà d’une teneur de 10%.
Tableau du caractère calcaire des
sols agricoles
Taux du calcaire
|
≤
5%
|
5
< CaCO3T ≤ 12,5%
|
12,5
< CaCO3T ≤ 25%
|
25
< CaCO3T ≤ 50%
|
CaCO3T
> 50%
|
>
80 %
|
Appréciation
|
Sol
non calcaire
|
Sol
faiblement calcaire
|
Sol
modérément calcaire
|
Sol
Fortement calcaire
|
Sol
très fortement calcaire
|
Sol excessivement calcaire
|
(Source : Programme d’interprétation LANO/CA de Basse Normandie)
Le rapport C/N
Le rapport C/N ou rapport massique carbone sur azote
est l’indicateur permettant de juger de l’aptitude à se décomposer plus ou
moins rapidement de la MO. Lorsque de la MO (plante, amendement organique) est incorporée
au sol, elle est dégradée par les micro-organismes qui ont besoin d'azote pour
leur propre constitution. Si le rapport C/N de la MO est supérieur à 25, elle
contiendra alors trop de carbone par rapport à l'azote et les micro-organismes devront
puiser dans les réserves du sol pour le décomposer. Ils ne pourront alors pas
en libérer dans le sol où il aurait été disponible pour les plantes. C'est ce
que l’on appelle le phénomène de faim d'azote. A l'inverse, si le rapport C/N de
la MO est inférieur à 25, les micro-organismes libéreront de l'azote en excès
et il sera disponible pour les plantes.
Il est couramment admis que, plus le rapport C/N d'un
produit est élevé, plus il se décompose lentement dans le sol mais plus l'humus
obtenu est stable.
Tableau de caractérisation des sols
en fonction du rapport C/N de la MO
6
|
8
|
9
|
10
|
12
|
14
|
20
|
>20
|
Très faible
|
Faible
|
Légèrement faible
|
Normal
|
Légèrement élevé
|
Élevé
|
Très élevé
|
Extrêmement élevé
|
Sol à décomposition rapide de la MO
|
Bonne décomposition
de la MO
|
Activité biologique réduite,
décomposition lente de la MO
|
Pas assez d’azote, minéralisation très
lente
|
||||
(Source : Programme d’interprétation LANO/CA de Basse
Normandie)
Le calcium CaO échangeable
Le magnésium (Mg)
Le magnésium, comme le calcium, joue un rôle à la fois pour la plante et dans le fonctionnement même du sol. Comme les autres cations, le magnésium en excès peut s’opposer au prélèvement par les plantes des autres éléments positifs comme le calcium, le potassium ou tous les oligo-éléments. Ainsi l’excès de magnésie dans un sol peut amener à des phénomènes de chlorose.
Le phosphore (P2O5)
Le phosphore est un élément indispensable à la
croissance et au développement des végétaux. Il joue un rôle essentiel dans la
mise en place du système racinaire, dans la photosynthèse et la reproduction du
végétal. Le potassium joue plusieurs rôles dans la plante : échanges ioniques
dans la cellule, activation de la photosynthèse, synthèse des protéines.
Les oligo-éléments
Les oligo-éléments sont ceux qui sont présents en très petites quantités dans les nutriments, qui n'apportent pas d'énergie mais participent le plus souvent comme catalyseurs des réactions complexes de la chimie cellulaire. Ils sont donc, à ce titre, indispensables à la constitution même des végétaux.
En générale, la plupart des laboratoires proposent la mesure d'au moins les quatre principaux oligo-éléments, à savoir: Le cuivre (Cu), le zinc (Zn), le manganèse (Mn), le fer EDTA (fer chélaté). Certaines analyses donneront aussi la mesure du Bore (B) et du molybdène (Mo). Il faut savoir qu'un pH élevé (basique) réduit la disponibilité des oligo-éléments (à l'exception du molybdène).
Le cuivre: Le cuivre est un composant essentiel de nombreuses enzymes qui agissent au niveau de la synthèse des protéines, particulièrement de la chlorophylle et de la photosynthèse. La stérilité du pollen peut être un effet de la carence en cuivre.
Le zinc: Le zinc est un ion qui intervient dans la synthèse des protéines et de l'amidon et il a un rôle spécifique dans la production d'auxine, une hormone responsable de l'élongation cellulaire. Le zinc protège aussi la plante des stress oxydants en conditions de forte lumière et de sécheresse.
Le manganèse: Le manganèse est un composant essentiel de nombreuses enzymes, il joue un rôle dans la synthèse de certaines protéines, particulièrement de la chlorophylle
chlorophylleDéfinition: La chlorophylle est le pigment photosynthétique le plus commun du règne végétal ; il est présent chez tous les végétaux aquatiques et terrestres. Ce pigment, situé dans les chloroplastes des cellules végétales, intervient dans la photosynthèse pour intercepter l'énergie lumineuse, première étape dans la conversion de cette énergie en énergie chimique....et dans la photosynthèsephotosynthèseDéfinition: La photosynthèse végétale consiste à réduire le dioxyde de carbone de l'atmosphère par l'eau absorbée par les racines à l'aide de l'énergie solaire captée par les feuilles, en présence de sels minéraux, avec libération d'oxygène, afin de produire des glucides.....
Le fer: C'est un composant essentiel de nombreuses enzymes liées à la respiration et à la synthèse de la chlorophylle et à la photosynthèse. Pour les fabacées, le fer est aussi associé à la fixation d'azote de l'air par la symbiose avec et rhizobium. La chélation est la complexion du fer avec un autre atome qui permet la stabilisation et le transport du fer.
Le bore: Le bore joue un rôle important dans la multiplication cellulaire au niveau des méristèmes. Il intervient aussi dans le métabolisme des sucres et leur déplacement dans la plante. Il est indispensable pour la production du pollen fertile.
Le molybdène: Il active l'enzyme nitrate réductase qui assure la réduction du nitrate dans les feuilles. Il est associé aussi au métabolisme du fer et du phosphore. Chez les bactéries du genre Rhizobium, il active la nitrogénase, l'enzyme qui permet la fixation de l'azote de l'air N2 en ammonium NH4+.